Alors que toutes et tous sommes déjà focalisés sur l’élection présidentielle à venir – primaires du mois d’octobre comprises – il convient de ne pas oublier les élections sénatoriales à venir ce dimanche 27 septembre 2026. Cette année, 178 sièges seront remis en jeu sur les 348 sièges qui composent la totalité du Sénat. Il s’agit des sénateurs de la série 2, en poste depuis 2020, dans la mesure où le Sénat est renouvelé par moitié tous les 3 ans.
Le Sénat propose ici un site internet très pédagogique, complété par les éléments ci-dessous, qui fournit une carte très utile des départements concernés, les élections sénatoriales se tenant pas départements.

L’étape passée : la désignation des grands électeurs
Il s’agit au demeurant de la seconde étape de ces élections qui se déroulent au suffrage universel indirect. La première a eu lieu le 5 juin dernier. En effet, avant l’élection des sénateurs à proprement parler, a lieu la désignation ou l’élection des grands électeurs. En effet, en tant qu’il représente les collectivités territoriales, le Sénat est élu par un collège électoral lui-même essentiellement composé d’élus locaux. Il s’agit d’une exigence constitutionnelle dont le Conseil constitutionnel a déjà censuré la méconnaissance (Cons. const., n° 2000-431 DC, 6 juillet 2000). Ce collège électoral est prévu par l’article L. 280, du code électoral qui prévoit que « la composition du collège électoral appelé à élire les sénateurs assure, dans chaque département, la représentation des différentes catégories de collectivités territoriales et de la diversité des communes, en tenant compte de la population qui y réside » : il est vrai que ce qui fait la spécificité du Sénat français est que le corps électoral qui l’élit est très largement désigné par les communes, et donc les plus petites collectivités locales, et non par les plus grandes subdivisions de l’État, comme cela est le cas dans les États régionaux et dans les États fédéraux. Le Sénat est encore le « grand Conseil des communes de France » que décrivait Gambetta. Concrètement, ce collège électoral est composé des députés et des sénateurs, des conseillers régionaux de la section départementale correspondant au département, des conseillers départementaux et des conseillers métropolitains de Lyon, des délégués des conseils municipaux ou des suppléants de ces délégués. Les délégués des conseils municipaux sont désignés selon la procédure fixée par les articles L. 283 et suivants, 6 semaines au moins avant l’élection des sénateurs. Pour les communes de moins de 9 000 habitants, le nombre de délégués élus varie de 1 à 15 en fonction de la taille du conseil municipal : un délégué pour les conseils municipaux de 7 et 11 membres ; 3 délégués pour les conseils municipaux de 15 membres ; 5 délégués pour les conseils municipaux de 19 membres ; 7 délégués pour les conseils municipaux de 23 membres ; 15 délégués pour les conseils municipaux de 27 et 29 membres. Il convient de noter que, lorsque les conseils municipaux sont incomplets mais réputés complets dans les communes de moins de 1 000 habitants en application des dispositions de la nouvelle loi du 21 mai 2025, les conseils municipaux des communes de moins de 100 habitants et de 100 à 499 habitants élisent un délégué et les conseils municipaux des communes de 500 à 999 habitants élisent trois délégués. Pour les communes de 9 000 habitants et plus, tous les conseillers municipaux (à l’exception des étrangers communautaires) sont délégués de droit, et au-delà de 30 000 habitants, les conseillers municipaux sont tous délégués de droit mais ils désignent en plus des délégués supplémentaires, 1 pour 800 habitants depuis la réforme d’août 2013, ce qui a pour effet d’atténuer la sous-représentation des grandes villes. En pratique, cela signifie que le nombre de délégués supplémentaires votant pour les élections sénatoriales peut être très important en particulier dans les grandes villes. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, les élections des délégués ont lieu au scrutin majoritaire à deux tours, avec un système de suppléants, faisant l’objet de deux élections distinctes. Dans celles de 1 000 habitants et plus, l’élection se fait à la proportionnelle à la plus forte moyenne avec des listes bloquées et paritaires. Pour le scrutin de 2026, la série 2 concerne 93 469 grands électeurs, dont 88 937 délégués des conseils municipaux (95,2 %).
Les sénateurs représentant les Français établis hors de France sont élus par un collège électoral distinct, composé de« grands électeurs » depuis la réforme de 2013. Il est composé de députés, sénateurs, des conseillers des Français de l’étranger (élus au suffrage direct dans 130 conseils consulaires) et de délégués consulaires (dont le seul rôle est d’être grands électeurs, pour corriger les écarts démographiques entre circonscriptions).
Une personne en situation de cumul des mandats ne peut pas voter deux fois aux élections sénatoriales. Dans le cas où un conseiller départemental est député, sénateur ou conseiller régional, un remplaçant lui est désigné, sur sa présentation, par le président du conseil départemental. Dans le cas où c’est un conseiller régional, un remplaçant lui est désigné, sur sa présentation, par le président du conseil régional (ou celui de l’assemblée de Corse, celui de l’assemblée de Guyane ou celui de l’assemblée de Martinique). Dans le cas où un député, un sénateur, un conseiller régional ou un conseiller départemental serait par ailleurs délégué de droit en tant que conseiller municipal, un remplaçant lui est désigné par le maire sur sa présentation.
L’élection à venir : l’élection des sénateurs de la série 2
On doit noter une originalité de l’élection sénatoriale : c’est le seul scrutin dans lequel il existe pour les électeurs une obligation de vote. En vertu de l’article L. 318, « tout membre du collège électoral qui, sans cause légitime, n’aura pas pris part au scrutin, sera condamné à une amende de 100 euros par le tribunal judiciaire du chef-lieu, sur les réquisitions du ministère public » (avant une loi n° 2004-404 du 10 mai 2004, cette amende était de 4,5 euros). Cette disposition garantit une participation maximale des électeurs sénatoriaux. En échange, il est prévu que les membres du collège électoral qui auront pris part au scrutin bénéficieront, à l’occasion de leur déplacement au chef-lieu du département, d’une indemnité forfaitaire destinée à compenser leurs frais ; ces dispositions ne s’appliquent pas aux électeurs de droit qui reçoivent au titre de leur mandat une indemnité annuelle.
Autre spécificité des élections sénatoriales, il faut avoir 24 ans minimum pour être élu. Gage de sagesse de la haute assemblée.
Par ailleurs, le mode de scrutin varie en fonction de la taille du département dans lequel sont élus les sénateurs, et plus précisément en fonction du nombre de sénateurs à élire dans le département. Le seuil a plusieurs fois varié : jusqu’à la loi n° 2000-641 du 10 juillet 2000, le scrutin proportionnel était réservé aux départements élisant 5 sénateurs ou plus, ce seuil a été abaissé en 2000 à 3 sénateurs, remonté à 4 sénateurs par la loi n° 2003-697 du 30 juillet 2003, puis à nouveau abaissé à 3 par la loi n° 2013-702 du 2 août 2013. Cette variation est souvent liée à des réflexions stratégiques de la part des acteurs. Sur son site internet, le Sénat ne manque pas de noter que ‘Spécificité des élections sénatoriales, ce double mode de scrutin combine les avantages de la proportionnelle, qui favorise le pluralisme et la parité, avec ceux du scrutin majoritaire, qui répond à la nécessité d’un ancrage local et d’une représentation des territoires ruraux ».
Dans les départements élisant 1 ou 2 sénateurs, en vertu de l’article L. 294, dans les départements où sont élus deux sénateurs ou moins, l’élection a lieu au scrutin majoritaire à deux tours, qui ont lieu le même jour. Le premier scrutin est ouvert à 8 h 30 et clos à 11 h, le second est ouvert à 15 h 30 et clos à 17 h 30. Il existe un système de déclaration de candidatures, pour chaque tour, pour indiquer qui est candidat et qui se maintient et un candidat peut faire savoir, par affichage, qu’il se désiste. Nul ne peut être candidat au deuxième tour s’il n’était candidat au premier. Les déclarations de candidature pour le deuxième tour doivent être déposées à la préfecture le jour du scrutin au plus tard à 15 h et affichées dans la salle de vote avant 15 h 30. Un sénateur est élu au premier tour de scrutin s’il a réuni la majorité absolue des suffrages exprimés et un nombre de voix égal au quart des électeurs inscrits. Pour le second tour, il n’existe pas de critère de sélection des candidats et la majorité relative suffit pour être élu. En cas d’égalité, le plus âgé des candidats est élu.
Au-delà de ces règles communes, il existe en pratique une différence entre les départements où sont élus un ou deux sénateurs. En effet, si le scrutin est uninominal majoritaire par définition quand il n’y a qu’un seul sénateur à élire, il est plurinominal majoritaire dans les départements où il y a deux sénateurs à élire. Dès lors que deux sièges sont en jeu, les candidatures peuvent être individuelles ou par listeset les grands électeurs votent librement dans la limite du nombre de sièges à pourvoir : ils disposent en fait d’un nombre de voix égal au nombre de sièges à pourvoir dans le département (donc deux), voix qu’ils ne peuvent attribuer à un seul candidat mais doivent répartir entre les candidats qu’ils préfèrent, avec la possibilité d’un panachage. Ce panachage peut être réalisé par l’introduction de plusieurs bulletins de vote dans une même enveloppe ou par l’utilisation d’un bulletin de vote unique sur lequel figure le nom de plusieurs candidats. Dans ces cas de figure, il conviendra au bureau du collège électoral de s’assurer qu’il n’y ait pas plus de candidats désignés que de sièges à pourvoir et qu’à la suite du nom de chaque candidat désigné figure effectivement celui de son remplaçant.
Dans les départements élisant 3 sénateurs et plus, en vertu de l’article L. 295, l’élection se fait au scrutin de liste (il doit y avoir deux candidats de plus que de sièges à pourvoir sur chaque liste) à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel, avec respect du principe de parité. Les sièges sont attribués aux candidats d’après l’ordre de présentation. Il n’y a qu’un seul tour : le scrutin est ouvert à 9 h et clos à 15 h.
Dans la carte ci-dessous, en vert les départements de 1 ou 2 sénateurs dont le renouvellement a lieu au scrutin majoritaire, en bleu ceux dont le renouvellement a lieu au scrutin proportionnel.

Les enjeux politiques des élections sénatoriales de dimanche prochain
Les enjeux politiques des élections sénatoriales de dimanche prochain sont double. Tout d’abord, en tant qu’elles font suite aux élections municipales de mars 2026, elles en seront la conséquence dans les départements concernés : les évolutions politiques dans les départements concernés au moment des municipales de 2026 auront donc des répercussions sur la série 2 du Sénat. Ensuite, elles préfigureront les rapports de force à venir, au Parlement dans le cadre du budget notamment. Enfin, elles rentreront bien sûr en ligne de compte dans l’analyse des perspectives de l’élection présidentielle.
Le RN revendique 70 communes et 3 000 conseillers municipaux à l’issue des municipales, malgré des déconvenues dans de grandes villes comme Toulon, Marseille ou Nîmes. L’un des principaux enjeux politiques du renouvellement du dimanche 27 septembre 2026 tient bien sûr à la place du Rassemblement national au Palais du Luxembourg et la possibilité pour lui de constituer un groupe. Le RN compte à ce jour 3 sénateurs, élus en 2023 dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Seine-et-Marne, qui siègent parmi les non-inscrits, qui sont des sièges de la série 1 et ne sont donc pas remis en jeu : tout gain obtenu en 2026 s’y ajoutera donc mécaniquement. L’enjeu alors pour le RN de pouvoir constituer un groupe, puisqu’aux termes de l’article 5 du Règlement du Sénat, chaque groupe doit compter au moins dix membres. Le RN se serait fixé l’objectif d’obtenir au moins sept sièges supplémentaires, avec l’appui de l’UDR. Dans les Alpes-Maritimes, les équilibres issus des municipales laissent présager un net recul des Républicains au profit du parti d’Éric Ciotti. Dans le cas où le RN/UDR arrivait à former un groupe au Sénat, ce serait une première sous la Vème République et ne manquerait pas d’être interprété comme un élément fort en vue des discussions sur le budget et de la présidentielle.
Ces élections auront un impact sur les autres groupes. Le groupe LR, qui compte 131 membres, voit 77 de ses sièges renouvelés : il restera sans doute le premier groupe, mais s’attend à des pertes, dans la mesure où les élections municipales à Nice, Menton ou Nîmes ont profité au RN et à l’UDR dans le Sud. À l’inverse, l’Union centriste d’Hervé Marseille, forte de 59 membres, pourrait se renforcer, au point de ravir au groupe socialiste le rang de deuxième groupe du Sénat. Le groupe Les Indépendants de Claude Malhuret, à dominante Horizons, pourrait être intégré à l’accord de majorité. Pour le groupe socialiste de Patrick Kanner (64 membres, dont 31 renouvelables), qui pourrait essayer quelques pertes, l’enjeu est de conserver le rang de deuxième groupe et de demeurer au-dessus de 60 sénateurs, seuil qui permet de déférer seul une loi au Conseil constitutionnel avant sa promulgation (art. 61, al. 2, de la Constitution). Pour limiter les pertes, le PS a conclu avec les Écologistes un accord national Enfin, le camp présidentiel aborde le scrutin dans une position plus fragile. Le groupe RDPI, qui compte 19 membres, a perdu en août son président-fondateur François Patriat et doit désormais trouver sa place dans l’« après-Macron ».
Last but not least : l’élection à la Président du Sénat et la question du renouvellement de Gérard Larcher
L’article 32 de la Constitution prévoit que « Le président de l’Assemblée nationale est élu pour la durée de la législature. Le président du Sénat est élu après chaque renouvellement partiel ». Par voie de conséquence, le poste de Président du Sénat va être remis en jeu. Les Yvelines, département d’élection de Gérard Larcher, n’étant pas concerné par le renouvellement partiel, ce dernier a officialisé sa candidature à un nouveau mandat de trois ans, sans remettre lui-même son siège en jeu cette année. Tant que l’alliance entre LR et centristes tient, il fait figure de favori. Gérard Larcher se trouve donc, lui aussi, en campagne électorale.
L’élection interviendra le 1er octobre 2026, jour de l’entrée en fonction des nouveaux sénateurs. Après l’élection du Président, il est ensuite procédé à la fixation du calendrier de la suite du renouvellement des instances du Sénat et la désignation des vice- présidents, questeurs et secrétaires du Sénat. La Conférence des présidents est chargée d’organiser le travail parlementaire.
Romain Rambaud
