{"id":19074,"date":"2024-03-25T11:39:08","date_gmt":"2024-03-25T10:39:08","guid":{"rendered":"https:\/\/blogdudroitelectoral.fr\/?p=19074"},"modified":"2024-03-25T11:39:08","modified_gmt":"2024-03-25T10:39:08","slug":"les-sciences-electorales-expertises-dispositifs-et-circulations-des-savoirs-sur-les-elections-colloque-a-amiens-les-28-et-29-mars-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogdudroitelectoral.fr\/?p=19074","title":{"rendered":"LES \u00ab SCIENCES \u00bb \u00c9LECTORALES. EXPERTISES, DISPOSITIFS ET CIRCULATIONS DES SAVOIRS SUR LES \u00c9LECTIONS : Colloque \u00e0 Amiens les 28 et 29 mars 2024 (dir. S\u00e9bastien Vignon et Cl\u00e9ment Desrumaux)."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Les \u00e9lections font r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019objet d\u2019investigations scientifiques qui concourent \u00e0 construire un corpus de connaissances et des m\u00e9thodologies patent\u00e9es. La science politique partage la production de ces savoirs avec au moins les sciences \u00e9conomiques, la sociologie, l\u2019histoire, les sciences de l\u2019information et de la communication, mais, par-del\u00e0 les inscriptions disciplinaires, revues, manuels, colloques et associations professionnelles attestent l\u2019existence organis\u00e9e de ces savoirs. Les disciplines universitaires n\u2019ont cependant jamais acquis le monopole de l\u2019analyse \u00e9lectorale dans l\u2019espace public. Sur les plateaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s des soir\u00e9es \u00e9lectorales, par exemple, journalistes politiques et sondeurs, pr\u00e9sent\u00e9s comme \u00ab\u00a0politologues\u00a0\u00bb commentent les r\u00e9sultats et livrent leurs analyses. De mani\u00e8re moins visible sans doute, au sein des partis, l\u2019analyse des r\u00e9sultats \u00e9lectoraux est g\u00e9n\u00e9ralement confi\u00e9e \u00e0 un sp\u00e9cialiste (secr\u00e9taire national charg\u00e9 des \u00e9lections, conseiller \u00e9lectoral, etc.) pour tirer des conclusions politiques sur le scrutin. Autrement dit, les connaissances sur les \u00e9lections qui permettent des op\u00e9rations de classement, de d\u00e9signation des r\u00e9alit\u00e9s, de typologisations, d\u2019interpr\u00e9tation, etc. se d\u00e9veloppent largement dans des espaces extra-universitaires pour constituer des expertises \u00e9lectorales pratiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<em>En France, l\u2019histoire de la science \u00e9lectorale est relativement connue\u00a0: ses d\u00e9buts sont marqu\u00e9s par ses liens avec l\u2019action politique (Offerl\u00e9, 1988\u00a0; Ph\u00e9lippeau, 1993,1994\u00a0; D\u00e9loye 2012). La mise en forme des r\u00e9sultats, la surveillance des op\u00e9rations \u00e9lectorales, les d\u00e9bats sur les modes de scrutins sont autant de connaissances et de techniques qui se d\u00e9veloppent pour les mouvements partisans, les supports journalistiques naissants, l\u2019appareil administratif pr\u00e9fectoral, ou les sciences juridiques li\u00e9es aux \u00e9lites r\u00e9publicaines de la III\u00e8me R\u00e9publique. Autrement dit, avant que la science politique ne s\u2019institutionnalise et ne se rapproche des sciences sociales (Favre 1989\u00a0;\u00a0Favre\u00a0et\u00a0Legavre\u00a01998\u00a0; Blondiaux 2002) les espaces de productions de savoirs sur les \u00e9lections sont pluriels et li\u00e9s au champ politique, aux sciences de gouvernement. L\u2019ouvrage d\u2019Andr\u00e9 Siegfried sur le\u00a0Tableau politique de la France de l&rsquo;Ouest\u00a0est un bon exemple de ces liens. L\u2019ouvrage s\u2019inspire des savoirs pr\u00e9fectoraux pour la collecte des donn\u00e9es et les cartographies tout autant que des exp\u00e9riences politiques de son auteur (Le Digol 2016). Ces recherches sociohistoriques sont donc pr\u00e9cieuses pour comprendre la production des connaissances \u00e9lectorales au sein des champs politique, administratif, journalistique et scientifique. Pourtant, si l\u2019analyse de la science politique reste un sujet r\u00e9gulier d\u2019investigation (Leca 1982, D\u00e9loye 2012, Ga\u00efti, Scot 2017), la production des savoirs sur les \u00e9lections en dehors d\u2019une perspective strictement disciplinaire ou en dehors du champ acad\u00e9mique reste largement inexplor\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<em>Ce colloque vise \u00e0 r\u00e9unir des \u00e9tudes qui portent sur les savoirs \u00e9lectoraux produits ou mobilis\u00e9s principalement en dehors du champ acad\u00e9mique. Ces savoirs peuvent se d\u00e9velopper au sein de l\u2019administration \u00e9lectorale, dans des organisations en charge de la mobilisation \u00e9lectorale (Sur ce point voir Baudot, Lehingue, 2015 et P\u00e8ne 2013) mais aussi au sein d\u2019un \u00e9ventail plus large d\u2019organisation \u0153uvrant \u00e0 la d\u00e9mocratie (ONG, Think Tanks, etc.). Examiner ces espaces pluriels de la production des connaissances impose de penser les \u00ab\u00a0sciences\u00a0\u00bb \u00e9lectorales au pluriel. En r\u00e9alit\u00e9, il faut moins penser ces espaces comme s\u00e9par\u00e9s du champ acad\u00e9mique, tant les fronti\u00e8res entre les espaces sont poreuses. D\u00e8s lors, les savoirs et pratiques acad\u00e9miques et non-acad\u00e9miques ne s\u2019opposent pas mais doivent \u00eatre analys\u00e9s dans les moments d\u2019export et d\u2019import et dans leur hybridation. Il faut alors penser les transactions, les coop\u00e9rations et les ph\u00e9nom\u00e8nes de concurrence entre ces espaces ou entre des agents appartenant \u00e0 ces diff\u00e9rents espaces.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Le colloque entend d\u00e9rouler un programme de sociologie des sciences et de l\u2019expertise pour comprendre comment des savoirs pratiques ou th\u00e9oriques se construisent et circulent dans des espaces sociaux diff\u00e9rents. Le colloque invite \u00e0 analyser les espaces de production de ces savoirs, les propri\u00e9t\u00e9s sociales des producteurs mais aussi les dispositifs sociotechniques invent\u00e9s, utilis\u00e9s, mobilis\u00e9s tout autant que les connaissances construites, hybrid\u00e9es, domestiqu\u00e9es. Plus encore, il s\u2019agit d\u2019aborder les questions de (d\u00e9)politisation des connaissances\u00a0: savoirs sur la politique, les \u00ab\u00a0sciences\u00a0\u00bb \u00e9lectorales peuvent faire l\u2019objet d\u2019usages partisans comme de pr\u00e9conisations dont la technicit\u00e9 semble une garantie de neutralit\u00e9. Ces processus de (d\u00e9)politisation se comprennent aussi dans la circulation des savoirs entre les diff\u00e9rents espaces (champs scientifique, politique, journalistiques, administratifs, etc.) et dans le travail de l\u00e9gitimation dont ils font l\u2019objet.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Vous trouverez <a href=\"https:\/\/www.u-picardie.fr\/curapp\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PROG-CURAPESS-SCIENCES-ELEC-1-CNRS.pdf\">le programme tr\u00e8s complet de ce colloque ici.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aurais pour ma part le plaisir d&rsquo;y repr\u00e9senter le droit \u00e9lectoral, pour une contribution consacr\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique suivante : \u00ab Le droit \u00e9lectoral : de la connaissance pratique au savoir acad\u00e9mique. Sous-discipline juridique ou champ scientifique autonome ? \u00bb, dont le syllabus se trouve ci-dessous :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Si, comme l\u2019indique \u00e0 juste titre l\u2019appel \u00e0 communications, \u00ab la science politique partage la production de ces savoirs avec au moins les sciences \u00e9conomiques, la sociologie, l\u2019histoire, les sciences de l\u2019information et de la communication \u00bb, il ne faut pas n\u00e9gliger \u00e0 ce titre le droit, qui fait partie int\u00e9grante des sciences \u00e9lectorales en tant qu\u2019il est peut-\u00eatre le premier \u00e0 d\u00e9terminer les r\u00e8gles de la comp\u00e9tition politique qui elles-m\u00eames surd\u00e9terminent largement le reste : par exemple droits de suffrage, encadrement de l\u2019op\u00e9ration \u00e9lectorale, de la campagne \u00e9lectorale, contentieux des \u00e9lections\u2026 Sans nul doute, le droit \u00e9lectoral fait partie au premier chef de ces \u00ab connaissances sur les \u00e9lections qui permettent des op\u00e9rations de classement, de d\u00e9signation des r\u00e9alit\u00e9s, de typologisations, d\u2019interpr\u00e9tation, etc. [qui] se d\u00e9veloppent largement dans des espaces extra-universitaires pour constituer des expertises \u00e9lectorales pratiques \u00bb, en tant notamment que \u00ab science de gouvernement \u00bb permettant de faire \u00e9merger un savoir sur les \u00e9lections. L\u2019objet de cette communication sera pr\u00e9cis\u00e9ment de le d\u00e9montrer en insistant sur le processus de construction du droit \u00e9lectoral qui, sur le plan historique, fut d\u2019abord le fait de praticiens, d\u2019administrateurs et de juges, avant d\u2019\u00eatre l\u2019objet d\u2019une production scientifique . Ce fut ainsi le cas par exemple de Louis Marie de Lahaye de Cormenin, jurisconsulte, homme de lettres et homme politique, consid\u00e9r\u00e9 comme le fondateur du droit \u00e9lectoral fran\u00e7ais au XIX\u00e8me si\u00e8cle , ou d\u2019Edouard Laferri\u00e8re, Conseiller d\u2019Etat , qui ont construit le droit \u00e9lectoral en droit positif avant que celui-ci ne soit conceptualis\u00e9 par les grands auteurs, notamment Maurice Hauriou \u00e0 la fin du XIX\u00e8me et au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, sur le plan technique puis sur le plan th\u00e9orique , et \u00e9tudi\u00e9 dans les facult\u00e9s de droit . Cela n\u2019est pas sans port\u00e9e substantielle, car selon la perspective adopt\u00e9e le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab de (d\u00e9)politisation des connaissances \u00bb mis en valeur dans l\u2019appel \u00e0 communications est plus ou moins fort. De ce point de vue le jeu de la production des savoir et de sa circulation a des impacts jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, notamment quant \u00e0 la question de savoir dans quelle discipline juridique se trouve le droit \u00e9lectoral, ce qui a un impact acad\u00e9mique et pratique non n\u00e9gligeable. S\u2019agit-il plut\u00f4t de droit constitutionnel et d\u00e8s lors quels aspects de la probl\u00e9matique, th\u00e9orique ou pratique, privil\u00e9gier ? S\u2019agit-il plut\u00f4t de droit administratif , mais dans ce cas existe-t-il ici un risque de d\u00e9politisation ? Ou faut-il plut\u00f4t le voir comme une discipline autonome allant jusqu\u2019\u00e0 un droit p\u00e9nal particulier et quelles sont les cons\u00e9quences qu\u2019il faut en tirer, dans un espace juridique o\u00f9 la tradition juridique, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019autres, n\u2019est pas l\u2019autonomie du droit \u00e9lectoral ? L\u2019enjeu n\u2019est pas mince, car il surd\u00e9termine aussi le niveau d\u2019investissement des juristes acad\u00e9miques sur le sujet, ce qui explique sans doute aussi qu\u2019encore aujourd\u2019hui, la place des juristes praticiens reste pr\u00e9pond\u00e9rante dans le champ\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Romain Rambaud<\/strong><\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9lections font r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019objet d\u2019investigations scientifiques qui concourent \u00e0 construire un corpus de connaissances et des m\u00e9thodologies patent\u00e9es. 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