{"id":1567,"date":"2015-08-28T09:13:30","date_gmt":"2015-08-28T07:13:30","guid":{"rendered":"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/?p=1567"},"modified":"2015-08-28T09:13:30","modified_gmt":"2015-08-28T07:13:30","slug":"28082015-conference-de-consensus-des-pas-sans-nous-3-faut-il-institutionnaliser-le-droit-dinterpellation-citoyenne-lexperience-de-lechec-de-linterpellation-nationale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogdudroitelectoral.fr\/?p=1567","title":{"rendered":"28\/08\/2015 : Conf\u00e9rence de consensus des \u00ab\u00a0Pas sans nous\u00a0\u00bb (3) : Faut-il institutionnaliser le droit d&rsquo;interpellation citoyenne ?  L&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9chec du droit de p\u00e9tition national [R.Rambaud]"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1398 alignleft\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement.jpg\" alt=\"t\u00e9l\u00e9chargement\" width=\"176\" height=\"129\" \/><\/a>Les articles pr\u00e9c\u00e9dents \u00e9taient consacr\u00e9s <a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/2015\/08\/24\/24082015-conference-de-consensus-des-pas-sans-nous-1-le-contexte-de-la-reflexion-la-problematique-de-linterpellation-citoyenne-laissee-de-cote-par-la-reforme-de-la-ville-romain-rambaud\/\">au contexte l\u00e9gislatif, politique<\/a> et <a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/2015\/08\/25\/25082015-conference-de-consensus-des-pas-sans-nous-2-lenjeu-de-la-discussion-la-promotion-dun-empowerment-a-la-francaise-par-la-creation-dun-fonds-public-dinterpellation\/\">conceptuel<\/a> de l&rsquo;organisation de la conf\u00e9rence de consensus de la coordination des <em>\u00ab\u00a0Pas sans nous\u00a0\u00bb <\/em>des 4 et 5 septembre prochain. Les articles qui suivent seront consacr\u00e9s \u00e0 une analyse juridique de la situation. Mais ils ne se contenteront pas d&rsquo;appr\u00e9cier la l\u00e9galit\u00e9 potentielle de la principale proposition encore en suspens du rapport, la cr\u00e9ation d&rsquo;un fonds d&rsquo;interpellation citoyenne g\u00e9r\u00e9 par une AAI. En effet, le droit ne permet pas uniquement\u00a0de d\u00e9gager des solutions en termes de validit\u00e9 juridique, il permet aussi de tirer des enseignements philosophiques et politiques. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;examen de cette question qui doit \u00eatre trait\u00e9e, avant m\u00eame celle de la simple validit\u00e9, pour comprendre l&rsquo;ensemble des enjeux pos\u00e9s par les propositions de la coordination \u00ab\u00a0Pas sans nous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Probl\u00e9matique : les sources philosophiques de l&rsquo;interpellation juridique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me de la conf\u00e9rence de consensus est pr\u00e9cis\u00e9ment le suivant : <em>\u00ab\u00a0Faut -il financer la d\u00e9mocratie participative initi\u00e9e par les citoyens\u00a0? Comment\u00a0? Pour quel projet\u00a0? \u00bb<\/em>.\u00a0La premi\u00e8re question est donc celle de savoir <strong>s&rsquo;il faut<\/strong> financer le droit d&rsquo;interpellation des citoyens selon les modalit\u00e9s pr\u00e9vues par le rapport. Un tel choix\u00a0n\u2019est pas neutre car il impliquerait dans tous les cas (on verra pourquoi) une nouvelle l\u00e9gislation.\u00a0Or de ce point de vue, le droit conduit \u00e0 prendre du recul, voire m\u00eame de la m\u00e9fiance, vis-\u00e0-vis d&rsquo;une telle proposition. En effet, il\u00a0enseigne que l&rsquo;institutionnalisation \u00a0du droit d&rsquo;interpellation peut conduire \u00e0 sa capture par la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;organisation de son inefficacit\u00e9. L&rsquo;institutionnalisation peut parfois \u00eatre contre-productive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/Constitution-1791.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1575 alignright\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/Constitution-1791-180x300.jpg\" alt=\"Constitution-1791\" width=\"130\" height=\"215\" \/><\/a>Certes, le droit d&rsquo;interpellation a \u00e9t\u00e9, par l&rsquo;interm\u00e9diaire du droit de p\u00e9tition, tr\u00e8s t\u00f4t reconnu par le droit.\u00a0Le premier texte relatif au droit de p\u00e9tition est l&rsquo;article 62 du d\u00e9cret du 14 d\u00e9cembre 1789 sur la constitution des municipalit\u00e9s en vertu duquel : <em>\u00ab Les citoyens actifs ont le droit de se r\u00e9unir paisiblement et sans armes en assembl\u00e9es particuli\u00e8res pour r\u00e9diger des adresses et des p\u00e9titions soit au corps municipal, soit aux administrateurs des d\u00e9partements et des districts, soit au corps l\u00e9gislatif, soit au Roi sous la condition de donner avis aux officiers municipaux du temps et du lieu de ces assembl\u00e9es et de ne pouvoir d\u00e9puter que dix citoyens pour apporter et pr\u00e9senter ces p\u00e9titions et adresses \u00bb<\/em>. Toutes les constitutions fran\u00e7aises de 1791 au second Empire garantissent ce droit, la Constitution de 1791 pr\u00e9sentant m\u00eame\u00a0le droit de p\u00e9tition comme comme un droit naturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, si aujourd&rsquo;hui le droit de p\u00e9tition n&rsquo;est plus inscrit en tant que tel dans les textes constitutionnels, <strong>c&rsquo;est parce que philosophiquement et juridiquement, dans la soci\u00e9t\u00e9 des droits de l&rsquo;homme, le droit d&rsquo;interpellation citoyenne n&rsquo;a pas \u00eatre institutionnalis\u00e9<\/strong>.\u00a0En effet, le droit d\u2019interpellation est avant tout un droit d\u2019origine lib\u00e9rale attach\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 individuelle, qui se situe au-dessus de l\u2019\u00c9tat\u00a0et dont il faut m\u00eame chercher, par la protection des droits fondamentaux,\u00a0\u00e0 \u00e9viter l&#8217;emprise.\u00a0Aussi, selon Jean-Pierre Dionnet, le droit de p\u00e9tition est <em>\u00ab une des manifestations de la libert\u00e9 d\u2019opinion et d\u2019expression \u00bb (Dictionnaire de la culture juridique, PUF, 2007).\u00a0<\/em>Pour cette raison fondamentalement lib\u00e9rale,\u00a0le droit de p\u00e9tition existe <em>\u00ab m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inscrit dans la Constitution \u00bb\u00a0<\/em>(Sonia Dubourg-Lagroff, Le droit de p\u00e9tition en France, RDP 1992).\u00a0Il existe donc par nature un droit d\u2019interpellation priv\u00e9, \u00a0qui est le fruit de la libert\u00e9 d\u2019expression et qui existe en dehors de toute r\u00e9glementation publique<strong>.\u00a0<\/strong>Le droit de p\u00e9tition a pour source l&rsquo;homme et non l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1518 alignleft\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-1-300x168.jpg\" alt=\"t\u00e9l\u00e9chargement (1)\" width=\"180\" height=\"100\" \/><\/a>D\u00e8s lors, l&rsquo;institutionnalisation du droit de p\u00e9tition ne va pas de soi. <strong>Elle\u00a0peut avoir un avantage et un objectif :<\/strong> s&rsquo;assurer d&rsquo;un relais effectif de l&rsquo;interpellation par les institutions publiques par un dispositif juridique, et c&rsquo;est cela que recherchent ceux qui proposent de consacrer des droits d&rsquo;interpellation, \u00e0 l&rsquo;instar de Mme Bacqu\u00e9 et M. Mechmache, qui\u00a0proposent d&rsquo;inscrire v\u00e9ritablement <em>\u00ab\u00a0un droit d\u2019interpellation citoyenne comme une dimension \u00e0 part enti\u00e8re du fonctionnement d\u00e9mocratique de la R\u00e9publique, et pour cela de d\u00e9gager les moyens humains et financiers favorisant sa mise en \u0153uvre\u00a0\u00bb <\/em>(rapport p. 49).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mais institutionnaliser le droit de p\u00e9tition pr\u00e9sente parall\u00e8lement un risque<\/strong> : celui de venir le limiter par des proc\u00e9dures qui l\u00e9gitimeraient le refus des institutions publiques de le prendre en consid\u00e9ration, et amputer ainsi les citoyens d&rsquo;un de leurs droits fondamentaux. Car l&rsquo;institutionnalisation suppose n\u00e9cessairement l&rsquo;intervention l\u00e9gislative de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, or celle-ci tend \u00e0 r\u00e9sister contre le d\u00e9veloppement de tels dispositifs. Pour cela, elle b\u00e9n\u00e9ficie de la force d&rsquo;une fiction, mais d&rsquo;une fiction coh\u00e9rente et puissante : la l\u00e9gitimit\u00e9 que le suffrage universel octroie seul \u00e0 la repr\u00e9sentation. Or ce que montre le droit, c&rsquo;est la force avec laquelle, malheureusement, cette hypoth\u00e8se s&rsquo;affirme : c&rsquo;est ce que montre \u00e0 la fois l&rsquo;institutionnalisation de l&rsquo;interpellation au niveau national, qui sera \u00e9tudi\u00e9e dans le pr\u00e9sent article, et l&rsquo;institutionnalisation de l&rsquo;interpellation au niveau local, qui sera \u00e9tudi\u00e9e dans le prochain article.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;histoire longue : la d\u00e9su\u00e9tude des p\u00e9titions parlementaires<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1577 alignleft\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-5-300x168.jpg\" alt=\"t\u00e9l\u00e9chargement (5)\" width=\"192\" height=\"106\" \/><\/a>La juridicisation des p\u00e9titions a commenc\u00e9 historiquement dans leurs rapports avec les assembl\u00e9es parlementaires et cela a plut\u00f4t conduit \u00e0 ce qu&rsquo;elles tombent\u00a0en d\u00e9su\u00e9tude. Bien s\u00fbr, il y a de nombreux facteurs\u00a0explicatifs\u00a0:\u00a0le triomphe du suffrage universel, le d\u00e9veloppement du parlementarisme, la constitution de partis, de syndicats et d&rsquo;autres groupes de pression qui ont bien d&rsquo;autres moyens d&rsquo;expression, la libert\u00e9 de la presse, etc. Mais l\u2019organisation juridique de la proc\u00e9dure a particip\u00e9 de cette \u00e9volution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la loi du 22 juillet 1879 relative au si\u00e8ge des pouvoirs publics, sous la IIIe\u00a0R\u00e9publique, pr\u00e9voit que l\u2019on ne peut faire de p\u00e9tition que par \u00e9crit aupr\u00e8s des chambres et interdit la provocation \u00e0 un rassemblement sur la vie publique par exemple. Sous la IVe\u00a0R\u00e9publique, l\u2019article 7 de la loi organique du 6 janvier 1950 portant codification des textes relatifs aux pouvoirs publics pr\u00e9voit notamment que seules les assembl\u00e9es parlementaires peuvent recevoir des p\u00e9titions, et punit en tant qu\u2019infraction le fait de vouloir adresser des p\u00e9titions \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre. <strong>Le droit de p\u00e9tition fut donc captur\u00e9 par les assembl\u00e9es parlementaires et cela n\u2019a pas permis son d\u00e9veloppement.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous la Ve\u00a0R\u00e9publique, les constituants de 1958 n&rsquo;ont pas mentionn\u00e9 ce droit dans la Constitution, mais il est reconnu et r\u00e9glement\u00e9 par l\u2019article 4 de l&rsquo;ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assembl\u00e9es parlementaires et par les r\u00e8glements de ces derni\u00e8res (articles 147 \u00e0 151 du R\u00e8glement de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale, articles 87 \u00e0 89 bis du r\u00e8glement du S\u00e9nat). Pour autant, cet encadrement juridique du principe de la p\u00e9tition peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme ayant \u00e9t\u00e9 finalement contre-productif pour l\u2019expression de la p\u00e9tition. Qu\u2019on en juge\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d\u2019abord, les p\u00e9titions \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e ne peuvent \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es que par \u00e9crit, et il existe encore aujourd\u2019hui dans cette loi une infraction p\u00e9nale pour ceux qui provoqueraient \u00e0 la pr\u00e9sentation d&rsquo;une p\u00e9tition\u00a0\u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale lors d\u2019un rassemblement sur la voie publique :\u00a0<em>\u00ab\u00a0Toute infraction aux dispositions des alin\u00e9as qui pr\u00e9c\u00e8dent, toute provocation par des discours prof\u00e9r\u00e9s publiquement ou par des \u00e9crits ou imprim\u00e9s affich\u00e9s ou distribu\u00e9s \u00e0 un rassemblement sur la voie publique ayant pour objet la discussion, la r\u00e9daction ou l&rsquo;apport \u00e0 l&rsquo;une des Assembl\u00e9es parlementaires de p\u00e9titions, d\u00e9clarations ou adresses, que la provocation ait \u00e9t\u00e9 ou non suivie d&rsquo;effet, sera punie de six mois d&#8217;emprisonnement et de 7500 euros d&rsquo;amende\u00a0\u00bb<\/em>. Ceux qui font signer des p\u00e9titions dans la rue commettent-ils donc des infractions p\u00e9nales\u00a0? Bien s\u00fbr cette disposition n&rsquo;est pas appliqu\u00e9e, mais on voit bien ce que peut produire le droit et l\u2019institutionnalisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1579 alignright\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-6.jpg\" alt=\"t\u00e9l\u00e9chargement (6)\" width=\"252\" height=\"168\" \/>Ensuite, la juridicisation du traitement de la p\u00e9tition a accouch\u00e9 d\u2019une proc\u00e9dure complexe qui finit par diluer le circuit de la p\u00e9tition et conduire au fait qu\u2019aucune n\u2019est jamais pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e qui en est pourtant\u00a0la destinataire.\u00a0Certes, il y a tr\u00e8s peu de crit\u00e8res de recevabilit\u00e9 (notamment en termes de nationalit\u00e9) mais la proc\u00e9dure est tr\u00e8s lourde. Les p\u00e9titions re\u00e7ues \u00e0 la pr\u00e9sidence sont transmises \u00e0 la commission des lois constitutionnelles, de la l\u00e9gislation et de l&rsquo;administration g\u00e9n\u00e9rale de la R\u00e9publique, et la commission des lois peut prendre trois types de d\u00e9cisions\u00a0: le classement pur et simple de la p\u00e9tition, le renvoi de celle-ci \u00e0 une autre commission permanente, \u00e0 un ministre ou au m\u00e9diateur de la R\u00e9publique, et enfin la soumission de la p\u00e9tition \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e. Cependant en pratique il y a tr\u00e8s peu (voire aucun) <a href=\"http:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/connaissance\/petitions.asp\">renvoi \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, <\/a>et aujourd\u2019hui il appara\u00eet que toutes les p\u00e9titions\u00a0sont class\u00e9es. Le syst\u00e8me est le m\u00eame pour le S\u00e9nat, sachant qu\u2019au S\u00e9nat, d\u2019apr\u00e8s son site internet,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.senat.fr\/commission\/loi\/petitions.html\">il n\u2019y a plus de p\u00e9tition depuis 2011<\/a>&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;exp\u00e9rience r\u00e9cente : l&rsquo;\u00e9chec de la p\u00e9tition au Conseil \u00e9conomique, social et environnemental<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le droit rappelle aussi qu&rsquo;il faut se garder de raisonner hors sol, et pour cette raison un juriste peut \u00eatre utile dans une conf\u00e9rence de consensus&#8230; Les organisateurs de la conf\u00e9rence voudraient la cr\u00e9ation d&rsquo;un droit d&rsquo;interpellation g\u00e9n\u00e9ral. <strong>Le probl\u00e8me, au niveau national, est que celui-ci existe d\u00e9j\u00e0.<\/strong> Mais qu&rsquo;il est aussi un \u00e9chec, en raison sans doute des modalit\u00e9s m\u00eames de son institutionnalisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1580 alignleft\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-7.jpg\" alt=\"t\u00e9l\u00e9chargement (7)\" width=\"234\" height=\"142\" \/><\/strong>Le droit d&rsquo;interpellation national a en effet \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9 et rattach\u00e9 \u00e0 une institution non choisie au hasard :\u00a0le Conseil \u00e9conomique, social et environnemental (CESE), cette\u00a0\u00ab\u00a0troisi\u00e8me chambre\u00a0\u00bb repr\u00e9sentative de la soci\u00e9t\u00e9 civile. En vertu de l\u2019article 71 de la Constitution, la composition du Conseil \u00e9conomique, social et environnemental, dont le nombre de membres ne peut exc\u00e9der deux cent trente-trois, et ses r\u00e8gles de fonctionnement sont fix\u00e9es par une loi organique. Cette loi organique est celle du 29 d\u00e9cembre 1958, modifi\u00e9e en 1984 et apr\u00e8s la r\u00e9forme de 2008, par une loi organique du 28 juin 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pouvoirs du Conseil n\u2019ont pas boug\u00e9 depuis 1946, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il s\u2019agit de pouvoirs consultatifs. Cependant une innovation importante a eu lieu avec la r\u00e9forme du 23 juillet 2008, avec la mise en place au niveau national d\u2019<strong>un droit de p\u00e9tition\u00a0\u00e0 l\u2019article 69 de la Constitution<\/strong> : <em>\u00ab\u00a0Le Conseil \u00e9conomique, social et environnemental peut \u00eatre saisi par voie de p\u00e9tition dans les conditions fix\u00e9es par une loi organique. Apr\u00e8s examen de la p\u00e9tition, il fait conna\u00eetre au Gouvernement et au Parlement les suites qu&rsquo;il propose d&rsquo;y donner\u00a0\u00bb. <\/em>La loi organique pr\u00e9cise que <strong>la p\u00e9tition doit pr\u00e9senter 500.000 signatures<\/strong>, et si elle est recevable, le CESE s\u2019engage seulement \u00e0 se prononcer pour un avis, dans le d\u00e9lai d\u2019un an, sur les questions qu\u2019elle soul\u00e8ve. Le CESE peut ainsi \u00eatre saisi \u00ab\u00a0<em>de toute question \u00e0 caract\u00e8re \u00e9conomique, social ou environnemental<\/em>\u00a0\u00bb, par p\u00e9tition \u00e9crite, r\u00e9dig\u00e9e en fran\u00e7ais et pr\u00e9sent\u00e9e dans les m\u00eames termes par 500\u00a0000 personnes majeures, fran\u00e7aises ou r\u00e9sidents r\u00e9guliers (<a href=\"http:\/\/www.lexisnexis.com\/fr\/droit\/search\/runRemoteLink.do?A=0.09320042849378596&amp;bct=A&amp;service=citation&amp;risb=21_T22498413354&amp;langcountry=FR&amp;linkInfo=F%23FR%23fr_acts%23num%2558-1360%25sel1%251958%25acttype%25Ordonnance%25enactdate%2519581229%25\"><em>Ord. n\u00b0\u00a058-1360, 29\u00a0d\u00e9c. 1958<\/em><\/a><em>, portant loi organique relative au CESE, art.\u00a04-1<\/em>. La p\u00e9tition doit \u00eatre sign\u00e9e et indiquer le nom, le pr\u00e9nom et l&rsquo;adresse de chaque p\u00e9titionnaire). <strong>Le droit de p\u00e9tition conna\u00eet donc plus de b\u00e9n\u00e9ficiaires\u00a0que le seul \u00e9lecteur.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, le succ\u00e8s n&rsquo;est pas au rendez-vous et la r\u00e9sistance est \u00a0encore de mise, comme le montre l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.lecese.fr\/la-petition-citoyenne-mode-demploi\">onglet \u00ab\u00a0p\u00e9tition citoyenne\u00a0\u00bb <\/a>sur le site du CESE qui d\u00e9crit\u00a0les modalit\u00e9s de d\u00e9p\u00f4t des p\u00e9titions et le suivi de celles-ci.\u00a0<strong>En pratique, le nombre de p\u00e9titions est tr\u00e8s faible<\/strong>\u00a0en raison du nombre tr\u00e8s important de signatures \u00e0 r\u00e9colter : le CESE a \u00e9t\u00e9 saisi de seulement trois p\u00e9titions\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"list-style-type: circle; text-align: justify;\">\n<li style=\"text-align: justify;\">Une p\u00e9tition sur\u00a0la\u00a0politique\u00a0de\u00a0l\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00e0\u00a0la nature,\u00a0\u00e0\u00a0l\u2019environnement\u00a0et au\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0durable \u00a0:\u00a0cette\u00a0p\u00e9tition\u00a0est\u00a0en\u00a0cours\u00a0de constitution\u00a0et\u00a0n\u2019a\u00a0pas encore\u00a0atteint\u00a0le\u00a0seuil\u00a0des 500 000 signatures.<\/li>\n<\/ul>\n<ul style=\"list-style-type: circle; text-align: justify;\">\n<li style=\"text-align: justify;\">Une p\u00e9tition sur\u00a0le\u00a0co\u00fbt\u00a0\u00e9conomique\u00a0et social de\u00a0l\u2019autisme, mais cette\u00a0p\u00e9tition\u00a0a\u00a0\u00e9t\u00e9 finalement transform\u00e9e\u00a0en\u00a0saisine\u00a0parlementaire avant\u00a0d\u2019avoir\u00a0atteint\u00a0le\u00a0seuil\u00a0des 500 000 signatures. Elle a fait\u00a0l\u2019objet\u00a0d\u2019un\u00a0avis\u00a0en date du 9\u00a0octobre\u00a02012.<\/li>\n<\/ul>\n<ul style=\"list-style-type: circle; text-align: justify;\">\n<li style=\"text-align: justify;\">Enfin une p\u00e9tition sur\u00a0l\u2019ouverture\u00a0du\u00a0mariage\u00a0aux couples de\u00a0m\u00eame\u00a0sexe mais\u00a0cette\u00a0p\u00e9tition,\u00a0ayant pourtant atteint\u00a0le\u00a0seuil\u00a0des 500\u00a0000 signatures, n\u2019a\u00a0pas\u00a0\u00e9t\u00e9\u00a0d\u00e9clar\u00e9e\u00a0recevable\u00a0par le Bureau du\u00a0CESE.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-8.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1584 alignright\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-8.jpg\" alt=\"t\u00e9l\u00e9chargement (8)\" width=\"203\" height=\"114\" \/><\/a>Cette derni\u00e8re p\u00e9tition<\/strong>\u00a0<strong>a montr\u00e9 les r\u00e9sistances du CESE \u00e0\u00a0exercer sa comp\u00e9tence.\u00a0<\/strong>En effet, le CESE avait d\u00e9clar\u00e9 cette p\u00e9tition irrecevable car il\u00a0avait\u00a0estim\u00e9 que seul le premier ministre pouvait valablement le saisir sur un projet de loi.\u00a0Cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e \u00a0par le Tribunal administratif de Paris dans un jugement du 30 juin 2014, n\u00b0 1305796\/6.\u00a0En rejetant la p\u00e9tition citoyenne lui ayant \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e sur le fondement de l&rsquo;article 69 de la Constitution, au motif que seul le premier ministre pouvait le saisir pour un avis sur un projet de loi, le Conseil \u00e9conomique, social et environnemental a entach\u00e9 sa d\u00e9cision d&rsquo;erreur de droit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019institutionnalisation du droit d&rsquo;interpellation au niveau du CESE est donc un \u00e9chec. Mais celui-ci n&rsquo;est peut-\u00eatre rien en comparaison de la flagrante d\u00e9ception li\u00e9e au r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;initiative populaire, qui\u00a0a finalement \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 par la\u00a0repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<strong>La d\u00e9ception : la vacuit\u00e9 du r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;initiative \u00ab\u00a0partag\u00e9e\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut enfin mentionner la derni\u00e8re hypoth\u00e8se, la plus r\u00e9cente,\u00a0le projet de mise en oeuvre d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;initiative populaire, que de nombreux citoyens et constitutionnalistes attendaient. Ce fut une immense d\u00e9ception.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1585 alignleft\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/t\u00e9l\u00e9chargement-9-300x150.jpg\" alt=\"t\u00e9l\u00e9chargement (9)\" width=\"222\" height=\"111\" \/>Car c&rsquo;est finalement un r\u00e9f\u00e9rendum tr\u00e8s d\u00e9cevant qui a \u00e9t\u00e9 mis\u00a0en place \u00e0 l\u2019article 11 de la Constitution par la r\u00e9forme constitutionnelle du 23 juillet 2008 et qui est entr\u00e9 en vigueur le 1<sup>er<\/sup> janvier 2015 (loi organique n\u00b0\u00a02013-1114\u00a0du 6 d\u00e9cembre 2013 portant application de l\u2019article 11 de la Constitution). Selon cet article 11, <em>\u00ab\u00a0Un r\u00e9f\u00e9rendum portant sur un objet mentionn\u00e9 au premier alin\u00e9a peut \u00eatre organis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;initiative d&rsquo;un cinqui\u00e8me des membres du Parlement, soutenue par un dixi\u00e8me des \u00e9lecteurs inscrits sur les listes \u00e9lectorales. Cette initiative prend la forme d&rsquo;une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l&rsquo;abrogation d&rsquo;une disposition l\u00e9gislative promulgu\u00e9e depuis moins d&rsquo;un an.<\/em> <em>Les conditions de sa pr\u00e9sentation et celles dans lesquelles le Conseil constitutionnel contr\u00f4le le respect des dispositions de l&rsquo;alin\u00e9a pr\u00e9c\u00e9dent sont d\u00e9termin\u00e9es par une loi organique.<\/em> <em>Si la proposition de loi n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e par les deux assembl\u00e9es dans un d\u00e9lai fix\u00e9 par la loi organique, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique la soumet au r\u00e9f\u00e9rendum.<\/em> <em>Lorsque la proposition de loi n&rsquo;est pas adopt\u00e9e par le peuple fran\u00e7ais, aucune nouvelle proposition de r\u00e9f\u00e9rendum portant sur le m\u00eame sujet ne peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e avant l&rsquo;expiration d&rsquo;un d\u00e9lai de deux ans suivant la date du scrutin\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On constate donc\u00a0que c\u2019est <strong>un r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019initiative parlementaire et non populaire,<\/strong> puisqu\u2019il doit venir d\u2019un cinqui\u00e8me des membres du parlement\u00a0(Assembl\u00e9e Nationale + S\u00e9nat = 185 parlementaires) soutenu par un dixi\u00e8me des \u00e9lecteurs, ce qui est quand m\u00eame \u00e9norme (4,6 millions d\u2019\u00e9lecteurs) si on le compare avec d\u2019autres syst\u00e8mes comme l\u2019Italie, m\u00eame s\u2019il est vrai que le fait qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une minorit\u00e9 du parlement permet de garantir une connexion plus forte avec la soci\u00e9t\u00e9 civile. Le recueil des soutiens est toutefois identifi\u00e9 comme le principal probl\u00e8me d\u2019effectivit\u00e9 de ce dispositif (le recueil des signatures se fait sur une p\u00e9riode de neuf mois, et le recueil des soutiens est public).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ces deux conditions sont r\u00e9unies, l&rsquo;initiative prend la forme d&rsquo;une proposition de loi visant \u00e0 soumettre un texte au r\u00e9f\u00e9rendum, dont la tenue est garantie puisqu\u2019elle doit \u00eatre examin\u00e9e par les assembl\u00e9es dans un d\u00e9lai fixe (six mois \u00e0 compter de la d\u00e9cision du Conseil constitutionnel, d\u00e9lai suspendu entre les sessions ordinaires) \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre propos\u00e9e au peuple directement par r\u00e9f\u00e9rendum par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. <strong>Cependant, pour certains, il suffira de la d\u00e9poser au bureau de l\u2019Assembl\u00e9e sans rien faire par ailleurs pour bloquer le processus <\/strong>et emp\u00eacher la soumission par r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par aillleurs,\u00a0la port\u00e9e du r\u00e9f\u00e9rendum est limit\u00e9e car il ne peut servir \u00e0 abroger une disposition l\u00e9gislative en vigueur depuis moins d\u2019un an\u00a0et si le peuple refuse, il faut encore attendre un d\u00e9lai de deux ans pour pouvoir faire une nouvelle proposition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/images-5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1588 alignright\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/images-5.jpg\" alt=\"images (5)\" width=\"221\" height=\"133\" \/><\/a>On peut noter enfin que <strong>le contr\u00f4le du Conseil constitutionnel est fort\u00a0:<\/strong> il contr\u00f4le le respect des conditions pr\u00e9vues par l\u2019article 11, le processus de recueil des soutiens (il est saisi des r\u00e9clamations) mais aussi que la proposition de loi pr\u00e9voyant le recours au r\u00e9f\u00e9rendum n\u2019est pas contraire \u00e0 la Constitution elle-m\u00eame, ce qui une forme de contr\u00f4le <em>a priori<\/em> de la loi r\u00e9f\u00e9rendaire mais avant son adoption : depuis 2008, l\u2019article 11 de la Constitution a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 et d\u00e9sormais <em>\u00ab\u00a0les propositions de loi mentionn\u00e9es \u00e0\u00a0l&rsquo;article 11\u00a0avant qu&rsquo;elles ne soient soumises au r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0\u00bb<\/em> sont soumises obligatoirement au contr\u00f4le du Conseil constitutionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tout cas, pour l\u2019instant, il n\u2019y a pas de succ\u00e8s \u00e0 cette proc\u00e9dure, puisqu&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/www.referendum.interieur.gouv.fr\/contenu\/initiatives\">elle n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e.<\/a>\u00a0<\/strong>C&rsquo;est un \u00e9chec total.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Conclusion : renouveler la r\u00e9flexion constitutionnelle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Institutionnaliser juridiquement le droit d&rsquo;interpellation au niveau national n&rsquo;a donc rien d&rsquo;une \u00e9vidence, et la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise a le plus grand mal \u00e0 accorder du pouvoir d&rsquo;agir \u00e0 ses citoyens. Certes, l&rsquo;institutionnalisation publique du droit d&rsquo;interpellation n&rsquo;a pas fait dispara\u00eetre l&rsquo;interpellation priv\u00e9e, mais ces exemples montrent bien \u00e0 quel point il est difficile de reconna\u00eetre \u00e0 l&rsquo;interpellation une l\u00e9gitimit\u00e9 politique et une efficacit\u00e9 juridique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce point de vue, la cr\u00e9ation d&rsquo;un nouveau droit d&rsquo;interpellation pourrait donc se voir opposer les dispositifs existants et devrait n\u00e9cessairement s&rsquo;articuler avec eux. La cr\u00e9ation <strong>d&rsquo;un fonds d&rsquo;interpellation pourrait difficilement s&rsquo;envisager autrement que dans son rapport aux dispositifs existants<\/strong>, ce qui pourrait limiter grandement sa port\u00e9e. Une solution relativement facile serait d&rsquo;engager une r\u00e9flexion l\u00e9gislative sur<strong> l&rsquo;abaissement du seuil de signatures pour le CESE<\/strong>, car ce seuil est fix\u00e9 par une loi organique et donc plus facilement modifiable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce constat devrait conduire, \u00e0 tout le moins, <strong>\u00e0 proposer d&rsquo;engager dans la discussion une r\u00e9flexion constitutionnelle.\u00a0<\/strong>En France, en effet, l&rsquo;article 3 de la Constitution pr\u00e9voit que\u00a0<em>\u00ab\u00a0<\/em><em>La souverainet\u00e9 nationale appartient au peuple qui l&rsquo;exerce par ses repr\u00e9sentants et par la voie du r\u00e9<\/em><em>f\u00e9rendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s&rsquo;en attribuer l&rsquo;exercice\u00a0\u00bb.\u00a0<\/em>C\u2019est \u00e0 dire que l\u2019exercice de la d\u00e9mocratie et de la souverainet\u00e9 en France ne \u00a0s\u2019exerce que par deux voies\u00a0seulement, soit les repr\u00e9sentants, soit le r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La souverainet\u00e9 nationale appartient au peuple qui l&rsquo;exerce par ses repr\u00e9sentants et par la voie du r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0\u00bb<\/em>. Au contraire, les m\u00e9canismes de d\u00e9mocratie participative ne b\u00e9n\u00e9ficient pas d\u2019une reconnaissance au niveau constitutionnel ce qui pourrait poser un obstacle juridique important au d\u00e9veloppement de ces m\u00e9canismes et aux l\u00e9gislations tendant \u00e0 les favoriser, notamment pour leur donner un aspect contraignant\u00a0: <strong>au contraire, l\u2019argument de la lutte contre la minorit\u00e9 agissante pourrait ici trouver un appui constitutionnel<\/strong>\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s&rsquo;en attribuer l&rsquo;exercice\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/images-6.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"  wp-image-1592 alignleft\" src=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/files\/2015\/08\/images-6.jpg\" alt=\"images (6)\" width=\"192\" height=\"219\" \/><\/a>De ce point de vue, la situation fran\u00e7aise pourrait \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 la situation de<strong>\u00a0l&rsquo;Am\u00e9rique latine, o\u00f9 la d\u00e9mocratie participative est reconnue.<\/strong> D&rsquo;apr\u00e8s<strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/cv-des-auteurs\/\">Z\u00e9rah Br\u00e9mond <\/a>dans un article \u00e0 para\u00eetre, en Am\u00e9rique du Sud,<strong> <em>\u00ab\u00a0<\/em><\/strong><em>Les crises r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, l\u2019instabilit\u00e9 chronique et les guerres int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures vont alors contribuer \u00e0 faire \u00e9voluer ce mod\u00e8le afin d\u2019en consacrer un nouveau, le mythe europ\u00e9en de la souverainet\u00e9 nationale \u00e9tant peu \u00e0 peu remplac\u00e9 par le mythe latino-am\u00e9ricain de la souverainet\u00e9 populaire, la repr\u00e9sentation nationale \u2013 pourtant symbole de modernit\u00e9 et de civilisation au XIXe si\u00e8cle \u2013 ayant \u00e9t\u00e9 peu \u00e0 peu remplac\u00e9e par le mythe d\u2019une d\u00e9mocratie plus participative.\u00a0\u00bb <\/em><strong>L\u2019exemple de la Constitution \u00e9quatorienne du 20 octobre 2008 est ici particuli\u00e8rement int\u00e9ressant\u00a0:<\/strong>\u00a0 la s\u00e9paration des pouvoirs est totalement r\u00e9invent\u00e9e, 5 fonctions (ex\u00e9cutive, l\u00e9gislative, judiciaire, transparence et contr\u00f4le social et \u00e9lectoral) se substituant aux trois classiques, un seul pouvoir demeurant\u00a0: le pouvoir citoyen. Quant\u00a0\u00e0 l\u2019article\u00a01 de la Constitution, il\u00a0consacre\u00a0la souverainet\u00e9 du peuple \u00ab<em>\u00a0dont la volont\u00e9 est le fondement de l\u2019autorit\u00e9, et s\u2019exerce au travers des organes du pouvoir public et des formes de participation directe pr\u00e9vues dans la Constitution\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble que la cons\u00e9cration d&rsquo;un nouveau droit d&rsquo;interpellation devrait s&rsquo;accompagner d&rsquo;une r\u00e9flexion constitutionnelle sur la d\u00e9mocratie participative, dans le cadre du projet politique plus vaste. Mais faut-il s&rsquo;en \u00e9tonner, d\u00e8s lors que l&rsquo;<em><a href=\"http:\/\/droitelectoral.blog.lemonde.fr\/2015\/08\/25\/25082015-conference-de-consensus-des-pas-sans-nous-2-lenjeu-de-la-discussion-la-promotion-dun-empowerment-a-la-francaise-par-la-creation-dun-fonds-public-dinterpellation\/\">Empowerment\u00a0<\/a>\u00a0<\/em>vise \u00e0 produire un v\u00e9ritable changement de soci\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Romain Rambaud<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les articles pr\u00e9c\u00e9dents \u00e9taient consacr\u00e9s au contexte l\u00e9gislatif, politique et conceptuel de l&rsquo;organisation de la conf\u00e9rence de consensus de la coordination des \u00ab\u00a0Pas sans nous\u00a0\u00bb des 4 et 5 septembre prochain. Les articles qui suivent seront consacr\u00e9s \u00e0 une analyse juridique de la situation. Mais ils ne se contenteront pas d&rsquo;appr\u00e9cier la l\u00e9galit\u00e9 potentielle de &hellip; <a href=\"https:\/\/blogdudroitelectoral.fr\/?p=1567\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;28\/08\/2015 : Conf\u00e9rence de consensus des \u00ab\u00a0Pas sans nous\u00a0\u00bb (3) : Faut-il institutionnaliser le droit d&rsquo;interpellation citoyenne ?  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